Ridley Scott, États-Unis (2026)
The Dog Stars est un film post-apocalyptique qui se déroule en 2035. L’apocalypse en question, d’origine virale, n’est pas bien ancienne (et très proche de nous) et la maladie a suffi pour faire tomber le système de relations (aux autres et au territoire) que l’humanité avait façonné. Les survivants se sont regroupés et opposent des hordes barbares à quelques cowboys isolés avec leurs familles. Les grandes villes comme Denver, que la nature réinvestit, servent de lieux de réapprovisionnement. The Dog Stars tient à la fois du survival que du western et, s’il n’est pas du tout désagréable à suivre, son grand problème, alors que les productions sur l’après-fin-du-monde se sont multipliées (La Route de John Hillcoat, 2009, World War Z de Marc Forster, 2013 ou la série The Last of Us de Neil Druckmann et Craig Mazin, 2023…), c’est qu’il n’a pas grand-chose de nouveau non plus à raconter, voire qu’il offre une résolution soit-disant optimiste pour ses personnages mais pas franchement désirable.
Je n’établirai pas le parallèle qui a été fait par des critiques, entre les tribus barbares (façon Mad Max à pieds ou à cheval) et les indiens des productions hollywoodiennes passées, pour reprocher à Ridley Scott de raviver bien maladroitement un racisme entre Blancs et Natifs américains. Les barbares du film ont certes des signes tribaux distinctifs et se battent en tirant des flèches (à l’arbalète) ou à l’arme blanche, mais ils sont issus de la même culture nord-américaine moderne et, compte tenu de l’époque du récit (l’année 2035), leur violence et leurs valeurs (basées sur la loi du plus fort) reposent sur un choix. Je verrais par conséquent davantage en eux un résidu qui aurait à peine muté de l’élite MAGA.
De fait, The Dog Stars met en scène toute une palette de conservateurs. Bangley (Josh Brolin) est un survivaliste, attaché à sa propriété privée (un aérodrome) qu’il défend avec tout un arsenal militaire en abattant tout étranger qui y pénètre. Il vit avec Hig, le personnage principal (Jacob Elordi). Ils ont fini par s’apprécier mais Hig s’oppose à son mode de vie retranché et à ses meurtres injustifiés (il est le seul capable de piloter un avion qui par ailleurs le relie au reste du monde). De même, Pops (Guy Pearce) qui est très ressemblant à Bangley (à ce point que le scénario est incapable de leur ménager la moindre scène commune) a un état d’esprit un tantinet moins radical. Il protège sa fille et sa ferme, rejette les étrangers, mais par l’entremise de Cima (Margaret Qualley) finit par accepter Hig. Et puis il y a les extrémistes de Grand Junction qui adoptent une autre forme de radicalité. Dans cette séquence un peu bâclée, une micro-société s’est isolée dans un aéroport et attire à elle ses nouveaux membres et ses victimes (on pense un instant au bal de l’Overlook hôtel de Shining, Kubrick, 1980). Ces gens semblent ne vivre qu’en intérieur dans une ambiance rétro et dépendent de militaires et d’une hôtesse de l’air à la retraite (Allison Janney). Le film oppose cet aéroport pour jets privés au petit aérodrome de Bangley et Hig, le premier malsain à l’odeur de formol, le second établissant un lien d’entraide avec l’extérieur. Ainsi, quand il prend l’avion, il arrive à Hig de faire étape dans une autre communauté pour rapporter des médecines et du ravitaillement de la ville. Cette dernière, centrée sur une ferme protégée par les reliefs alentours, abrite des ruraux mennonites. Ces paysans sont des chrétiens pacifistes qui excluent toute personne qui ne partage pas leur foi, mais ici le contexte (et le scénario) les a rendus plus tolérants. The Dog Stars semble vouloir éliminer les plus dangereux de tous ces réactionnaires et ramener les autres vers la branche la moins hostile et la plus tolérable. La conception politique manque d’ouverture et l’on aurait préféré que Scott opte pour une communauté post-hippie que de fondamentalistes religieux.
Si la réalisation ne manque pas de fluidité et de rythme, elle manque parfois d’inspiration (les scènes qui concernent le passé de Hig avec sa femme enceinte sont parfaitement fades et inutiles). À l’inverse comme dans un western, les paysages sont remarquablement filmés (on s’amusera de l’anecdote concernant les sites italiens de tournage, le Frioul et les Abruzzes pour recréer les plaines et les Rocheuses du Colorado). Les nombreuses scènes d’avions sont également bienvenues pour découvrir le monde d’après depuis le ciel. Ridley Scott parvient aussi à créer quelque chose entre ses personnages les plus charismatiques. The Dog Stars avance sans déplaire mais manque de surprendre. C’est aérien, mais pas toujours léger (la scène d’explication entre Hig et Cima concernant leur traumatisme). Ça manque aussi de matière et de perspectives terrestres plus engageantes.

