Destin Daniel Cretton, 2026 (États-Unis)
Plus de vingt après, force est de constater, épisode après épisode, que l’arach-Raimi a dès le début et durablement laissé son ADN sur le super-héroïque ado et ses aventures au ciné (sauf toutefois quand le Tisseur file à tout allure dans le très animé – et plus singulier – Spider-verse de Persichetti, Ramsey et Rothman, 2018). Le sympathique diptyque du Amazing Spidey de Mark Webb (en 2012 et le Destin du héros en 2014), puis la trilogie de Jon Watts (depuis le Homecoming de 2017), jusqu’à cet extra signé Destin Daniel Cretton (Tom Holland toujours dans le rôle neuf ans plus tard – le temps d’une enfance –), tous ces films donc, même avec leurs particularités et leurs thèmes propres, ne cessent de citer des éléments de forme et de fond des trois premiers films de Sam Raimi (Spider-Man 1, 2, 3 entre 2002 et 2007). À mes yeux, tous valent la balade avec filin projeté entre les gratte-ciel de NY, mais tous sont aussi redevables à la piqûre de l’arach-Raimi puissamment chargée en substance stimulante.
Passé ce commentaire liminaire, je suis enthousiaste par la nouvelle, nouvelle, nouvelle mue opérée par Sony-Marvel-Cretton du personnage de Peter Parker, film bien nommé Brand New Day. Le scénario (Chris McKenna, Erik Sommers et Justin Kuritzkes qui étaient également à l’écriture sur les trois précédents épisodes) fait d’abord le choix de l’organique au détriment de l’high-tech. Ce qui passait à l’époque pour une trahison de la BD chez Raimi sert ici de trame. Peter s’aperçoit que quelque chose ne va pas avec ses poignets jusqu’à ce qu’il découvre dégoûté que son corps génère désormais ses propres toiles d’araignée. Ce changement trouve une explication dans un choc amoureux. En raison des mauvais tours jetés par Strange dans No way home (2021), la petite copine MJ (Zendaya très à sa place dans le rôle comme son partenaire Tom Holland) a oublié Peter et sort avec un autre. Ça fait l’effet d’un mauvais coup de ballet dans la toile si bien tendue de l’Araignée qui, rappelant les transformations adolescentes que faisait subir Sam Raimi à Tobey Maguire, débute aussitôt sa mue. De là, plus besoin de puce inhibitrice ou de technologie de contrôle, il suffit de s’accepter et de garder les pieds sur terre (en dépit des sauts dans le vide) pour éviter l’overdose de pouvoir.
L’histoire fait le lien entre Avengers: Doomsday (Joe Russo, Anthony Russo, 2026) et l’univers des X-Men (dont le dernier en date remonte au médiocre Dark Phoenix de Simon Kinberg, 2019). Elle introduit donc le personnage de Jean Grey, la puissante mutante aux facultés télépathiques et télékinétiques, ici une jeune fille à peine sortie de l’adolescence, interprétée par Sadie Sink. Ainsi, l’arrivée de mutants dans le NY de Spider-Man permet de croiser un autre thème bien connu, celui de l’ado-monstre toujours troublé et jamais à l’aise (on se référera au X-Men : first class de Matthew Vaughn en 2011). L’opposant quant à lui n’a aucune consistance, il n’est qu’un faux-semblant. On note tout de même qu’il est le directeur d’un département gouvernemental chargé de la sécurité, Damage Control, qui possède son propre labo de R&D et qui a pour siège, symbole de pouvoir chez les milliardaires états-uniens, d’une tour en pleine métropole. Brand New Day distingue donc deux types de science : celle qui produit une technologie d’assistance (l’IA « Ève » ou EV – la voix de Naomie Watts dans la vo – intégrée au costume de l’Araignée) de l’high-tech propre à contrôler et détruire autrui, ce que le film rejette. Brand New Day oppose aussi deux types de métaphores sexuelles : celle de l’énorme tour qui s’impose à la ville et cache le ciel et celle d’une éjaculation arachnéenne mal contrôlée mais offre le septième ciel. On préférera la maladresse à la prétention.
Le méchant est nul (Scorpion que j’oubliais presque a même plus d’intérêt). Cependant les autres personnages sont bien développés. Surtout le film fait exister leurs relations (avec MJ, avec Jean Grey, avec tante May et Ned, et même avec Frank le Punisher alias Jon Bernthal). Brand New Day déroule son histoire avec un montage qui ne cherche pas à accélérer sans arrêt. On respire dans les scènes qui en ont besoin. Aucun sur-découpage et c’est appréciable. Le film n’abuse pas non plus des rendus CGI. On sent quand Parker a la tête à l’envers et le monde qui l’entoure, même suspendu dans les airs, paraît tangible. Rarement une caméra n’a été aussi attentive aux rues new-yorkaises dans un Marvel. Le film nous emballe aussi bien sûr pour ses scènes d’action ; la montée euphorisante vient quand Spider-Man virevolte au milieu des lames de la Main, les ninjas missionnés pour entraver le jeune super-héros. À l’extrême fin on nous annonce Peter dans l’espace. Pas sûr qu’il trouve où fixer sa toile.




