May December

Todd Haynes, 2023 (États-Unis)

La réalisation est assez belle et subtile. Elle a en général la classe de ses actrices et cette fois encore. Mais le talent de Todd Haynes dans la conception du récit peine à donner de l’intérêt au fait divers.

D’abord, le jeu des actrices est convenu ; en particulier celui de Natalie Portman appliquée et attentive à son objet d’étude, peu ambiguë, peu sulfureuse également (dans les deux scènes qui nécessiteraient qu’elle le soit), même si, la fragilité en moins, elle nous rappelle ce qu’elle livrait devant la caméra de Darren Aronofsky pour Black Swan (2010). Julianne Moore de son côté, par une certaine retenue, s’en tire mieux ; néanmoins, elle n’a jamais été meilleure que dans Loin du Paradis, le chef-d’œuvre de Todd Haynes (2002). La métaphore est longtemps discrète mais chrysalide et papillon ne relèvent pas non plus d’une originalité folle en terme d’analogie pour figurer le travail de métamorphose de l’actrice (Elizabeth -Portman- s’apprête à interpréter le rôle de Gracie -Moore- dans une adaptation de son histoire d’amour au cinéma, Gracie ayant eu une relation avec un mineur et fait ensuite sa vie avec lui). La scène face caméra de Natalie Portman impressionne d’une certaine façon, puisque avec un drôle d’effet miroir elle a capté l’apparence de son modèle. L’approche réflexive nous perdant un instant, on peut voir aussi dans la scène le peu qu’il y a à voir : l’actrice apprêtée cherchant à tromper son monde.

Le fond surtout manque d’être plus captivant. On comprend que l’actrice de l’histoire est incapable en fin de compte d’approcher le semblant de vérité recherché. Soit. Mais le mimétisme auquel elle s’adonne (plutôt qu’un vampirisme réel) ne le laissait-il pas prévoir ? De même, la relation entre Gracie et Joe, vingt-trois ans plus jeune qu’elle (et qui même à 30 ans passés conserve cette façon d’être de l’adolescent trop sage) nous laisse indifférents. Pourtant Haynes, à travers la pseudo enquête menée par Elizabeth, cherche à fabriquer une intrigue, un tissu de liens entre les personnages et joue avec le passé de la « femme-modèle ». Il nous indique bien également qu’un rapport de soumission embarrassant est depuis longtemps établi entre Gracie et son jeune mari (Charles Melton). Mais la manipulatrice révélée lors de l’avant-dernière scène (d’un trait décoché en quelques mots à la fin de la remise des diplômes), si elle a la qualité de rassembler les sujets traités (la vérité de Gracie lui appartient et échappera à l’actrice qui croyait pouvoir s’en imprégner) et gagne l’avantage d’une élégante mise en forme, ne change pas vraiment notre sentiment à l’égard du film.

Carol (2015) nous touchait. Dark Waters (2019) nous convainquait. May December ressemble à la fin d’une saison qui fut parfois magnifique, souvent très plaisante.

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8 commentaires à propos de “May December”

  1. Je vois que tu n’es guère convaincu. Je suis d’accord sur le fait que le film convoque une mise en scène qui est un peu plus sophistiquée que ne le nécessitait le récit, et que ce dernier n’est pas aussi retors et complexe qu’il voudrait le faire croire. D’accord également avec le niveau moyen du jeu de Portman (je n’aime pas le morceau de bravoure du monologue, que tu évoques aussi à demi-mot). Par contre, je suis, moi, tout à fait convaincu par la relation entre le personnage de Julianne Moore et Charles Melton. Je crois que le coeur du film se joue en réalité chez ce personnage du jeune mari (très belle scène de la remise des diplômes, lors de laquelle ses propres enfants se trouvent libérés alors que lui reste prisonnier) et la métaphore des papillons le concerne lui, et pas le personnage de Portman.

    • La métaphore des papillons a plus de sens avec lui, je m’en rends compte maintenant.

      Je suis d’accord, la relation entre cette femme nocive et son mari trop jeune est le plus intéressant, et davantage encore le portrait de cet « homme enfant ». J’ai manqué de mieux comprendre cette autre scène que tu cites, lui ému derrière la grille sur le campus, merci de l’avoir rappelée.

      Film alors à réévaluer un tantinet 🙂

  2. Je suis pour ma part très surpris des retours dithyrambiques sur Charles Melton qui, de mon point de vue, livre une performance tout juste honnête mais pas mémorable. Aurait-il participé à une autre œuvre qui fasse qu’il soit adulé ?

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