Fright night

Craig Gillespie, 2011 (États-Unis)

Dracula reçoit une nouvelle visite. Avant de toquer à la porte du vampire, Craig Gillespie signe des séries télé et deux comédies, dont Une fiancée pas comme les autres avec Ryan Gosling (2008). Le scénario de Fright night détourne donc le roman de Stoker et l’amène vers un film d’ados gentiment horrifique, remake de Vampire, vous avez dit vampire ? de Tom Holland (1985).

Jonathan Harker est un lycéen rebaptisé Charley et, du clerc de notaire parti opéré chez le comte roumain une transaction immobilière, il ne reste plus que le fils d’une représentante chez Century 21 (!) [1]. Sa fiancée est une nouvelle Mina. Pourtant la lascivité de la jeune blonde signale aussi une contamination avec le personnage de Lucy. Dans le film, la lycéenne, un fléau d’armes à la main, n’a plus tout à fait la retenue victorienne de la future femme d’Harker [2]. Van Helsing est aussi présent mais à son tour dégradé : le docte chasseur est un illusionniste excentrique et un collectionneur occultiste. Renfield n’est pas oublié et c’est un camarade de jeu du héros, « Evil Ed », qui devient la goule du monstre [3]. Il ne reste plus que le comte sans costume ni noblesse : même avec une pomme à croquer ou une bière à la main, le voisin d’à côté est rapidement démasqué (Colin Farrell, plutôt amusant), un vampire de Méditerranée (selon les précisions données), vieux de 400 ans et plutôt coriace. Rien que de très classique en réalité (pieux, croix, eau bénite…).

A part les arrangements orchestraux tonitruants à l’ouverture d’un placard ou au passage d’une porte, Gillepsie s’assure d’autres petits effets de mise en scène qui témoignent, au contraire des premiers évoqués, de ses velléités dans le domaine : avec une image très léchée, les relations de voisinage au crépuscule profitent d’une ambiance réussie et, côté action, la scène de voiture en huis clos lors de l’agression du vampire n’est pas mal non plus (quoique cette dernière n’ait rien de l’angoisse transmise dans une scène semblable par Alfonso Cuarón dans Les fils de l’homme, 2006). L’école et la tranquille périphérie comme dans Buffy (Joss Whedon, 1997-2003), la chasse au buveur de sang comme dans Vampires (Carpenter, 1997), avec un ou deux frissons parcourus le long de l’échine, Fright night n’a pas grande prétention, sauf peut-être de faire un tout petit peu douter de nos tranquillités.


[1] Toni Collette que le réalisateur dirige sur la série United States of Tara.
[2] Les ados sont interprétés par Anton Yelchin et Imogen Poots (croisée dans Chatroom de Nakata, 2010, ou Jane Eyre de Fukunaga, 2012).
[3] Christopher Mintz-Plasse, Red Mist dans Kick-Ass (Vaughn, 2010).

3 commentaires à propos de “Fright night”

  1. Un film vraiment classique avec un Colin Farrell bien en dessous de ses performances habituelles (Bons baisers de Bruges, McDonagh, 2008). Je note, tout comme toi, une beau plan séquence dans la voiture (un faux plan séquence ?) qui, il est vrai, n’égale en aucun cas celui des Fils de l’homme.

    En fait ce film est, comme bien trop souvent depuis quelques temps (Hunger games, Twilight), un pur teen-movie. Jamais vicieux, jamais polémique.

  2. Gillespie et Farrell pratiquent la dérision (je ne connaissais pas Colin Farrell dans ce registre, mais Bons baisers de Bruges a en effet bonne réputation). L’histoire s’amuse avec les codes (ne serait-ce que pour les rôles de Renfield ou de Van Helsing, ou bien la possibilité de passer au lit avec la petite amie envisageable seulement une fois le monstre tué).

    L’épisode que j’ai vu de Twilight ne décrochait pas d’un morne premier degré et je doute que Gary Ross ait accordé beaucoup de place à l’humour dans la récente adaptation de Hunger games ou même Suzanne Collins dans son roman.

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