Vampire, vous avez dit vampire ? (Fright night)

Tom Holland, 1985 (États-Unis)

Tom Holland, qui est l’auteur du scénario et dont c’est le premier film en tant que réalisateur, réactualise le mythe de Dracula à l’époque de la cassette audio et des effets spéciaux avec maquillage, prothèse et animatronique.

Le vampire n’est plus tout à fait étranger, si ce n’est seulement à la ville dans laquelle il s’installe. Pour la première fois, tout comme les fantômes de Poltergeist au début de la même décennie (Hooper, 1982), le mystérieux Jerry Dandrige (c’est le nom de ce Dracula-ci) et son serviteur dévoué élisent domicile dans une villa en banlieue résidentielle. Charley, qui vivait jusqu’à présent assez tranquillement son adolescence avec sa mère, devient ainsi leur voisin immédiat (avec vue sur la chambre à coucher) et, malgré lui, se fait le témoin de leurs étranges mœurs nocturnes.

On s’amusera à noter que le vampire se distingue encore par sa demeure, non plus aristocratique, mais grand-bourgeois, d’influence coloniale avec porche et hall d’entrée gigantesque. L’imposante bâtisse est relativement ancienne. Inspirée de la maison de Psychose (Hitchcock, 1960), elle n’est pourtant plus du tout isolée en pleine campagne. Elle est là comme si l’extension de la ville, vingt cinq ans plus tard (si l’on prend la date du film d’Hitchcock comme marqueur), avait fini par l’absorber. Inséré dans le tissu moderne urbain, le repère du vampire n’a toutefois pas l’aspect d’une ruine. Réhabilité, richement décoré par ses nouveaux hôtes, il se démarque surtout par son caractère. Un grand vitrail rond comme la rose d’une cathédrale, la brume qui la recouvre et les contre-plongées qui la saisissent, tirent même la demeure vers le genre gothique. Parmi les repères de vampires qui au cinéma sont les indicateurs d’une certaine dégradation sociale du monstre, la grande maison ancienne tient alors d’intermédiaire entre le château d’autrefois et les maisons individuelles qui se multiplient toutes sur le même modèle en périphérie.

Outre le théâtre urbain, les principaux personnages du roman de Stoker se retrouvent. Nous les évoquions déjà à propos du remake de 2011 puisque le Fright night de Gillespie reprend la trame de l’histoire racontée par Holland. Le couple de lycéens, Charley et Amie, remplace celui de Jonathan et Mina (William Ragsdale et Amanda Bearse), leur copain gentiment dérangé fait penser à Renfield, Dandrige en Dracula des banlieues (Chris Sarandon)… Van Helsing n’est plus scientifique du tout, mais simple comédien de série B recyclé en présentateur télé. Peter Vincent, c’est son nom (Roddy McDowall) qui fait d’ailleurs référence aux acteurs Peter Cushing et Vincent Price. Son costume ainsi que toute la décoration de son appartement servent également à citer les figures incontournables de l’histoire du vampire au cinéma.

Si le film a un peu vieilli, c’est certainement davantage par son rythme que tout autre chose. Les effets spéciaux eux-mêmes, supervisés par Richard Edlund , sont toujours impressionnants. Les procédés de l’époque procurent une sorte de réalisme (à comparer au Loup-garou de Londres, Landis, 1981 ou aux Gremlins de Dante, 1984) que les images numériques les plus avancées ne savent toujours pas rendre : la matière se déforme, s’écrase, se fait visqueuse, dégouline… Alors que le film repose sur peu de personnages ou de situations finalement, les monstres plutôt variés sont réussis de leurs transformations à leur destruction.

Il existe une suite sur laquelle nous ne parions pas (Vampire, vous avez dit vampire ? 2, Tommy Lee Wallace, 1988), peut-être moins navrante toutefois que Fright night 2 qui n’a pas connu de sortie sur grand écran (Eduardo Rodriguez, 2013). Cependant, la comédie d’épouvante pensée et dirigée par Tom Holland s’affirme comme une série B plaisante, assez maline et probablement un peu sous-évaluée.

3 commentaires à propos de “Vampire, vous avez dit vampire ? (Fright night)”

  1. Film de jeunesse que j’ai dû revoir une fois en VHS il y a fort longtemps, je suis content qu’il ressuscite grâce à ton texte bienveillant !
    Je me souviens en effet de ce vampire urbain, d’une scène de boîte de nuit qui m’évoque étrangement le début de Miami Vice de Mann, de ce monstre anachronique dans un monde davantage tourné vers des terreurs technologiques ou venues du ciel.

  2. Un des films d’horreur culte des années 80. Pour moi, il reste insurpassable et, au vue des extraits du remake que j’ai pu voir, ou de sa suite réalisée par Tommy Lee Wallace, je ne crois pas trop me tromper.

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