Cocotte

György Pálfi, 2026 (Grèce, Allemagne, Hongrie)

On s’attend à trouver un film sympathique, critique et amusant à l’instar d’Eo (Jerzy Skolimowski, 2022) ou mieux d’Au hasard Balthazar (Robert Bresson, 1966). Cocotte adopte le point de vue animal, non pas un âne avec un tel titre on s’en doute, mais une poule. Le scénario cosigné par György Pálfi et Zsófia Ruttkay aborde la condition animale non-humaine et les comportements animaux humains dont cette condition dépend plus ou moins.

La première scène détaille sans ménagement les étapes d’un site de production industrielle de poulets, du gros plan sur l’orifice qui éjecte l’œuf au système de tri des poussins, jusqu’au parcage dans les hangars géants. Rien de particulièrement heureux dans ces premières minutes, mais on sourit quand la poule dont on va suivre le périple parvient miraculeusement à s’échapper de l’usine. Le film se poursuit et noircit très vite. La poule a certes la vie dure (ses pérégrinations l’expose à toutes sortes de prédateurs et de dangers), mais la description de la vie animale humaine qui l’entoure paraît plus sombre encore. À ce point que la vie humaine dans ce coin de Grèce paraît plus éphémère que celle des gallinacées.

En vérité la mort se fiche bien de savoir si elle prend un renard, un chien ou un coq. Elle rode pour tous, les animaux humains compris et les concernant, dans le film, la mort fort de son succès les fauche par grappes entières. Avec des vies accidentellement ou criminellement abrégées, György Pálfi évoque les trafics humains sur les routes migratoires et les règlements de compte mafieux. Constamment ​_en sursis dans la société qui la produite, la poule parviendra non sans acharnement à ses fins : couver ses poussins et s’assurer que, une fois les œufs éclos, ils dépassent les premières semaines d’existence. Toutefois, pour le réalisateur, il faut tout de même en passer par l’élimination totale de tous les humains qui l’entourent… György Pálfi se montre donc sensible à la condition animale, oui, mais surtout particulièrement misanthrope.

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