Michael Sarnoski, 2026 (États-Unis)
ROBIN DES BOIS, UNE DÉCLINAISON
On l’appelait Robin des Bois décline au cinéma La Mort de Robin des Bois (Robin Hood’s Death), un texte tardif du XVIIe siècle, lui-même déclinant un segment de La Geste de Robin des Bois (A Gest of Robyn Hode en moyen anglais) qui au XVe siècle rassemble plusieurs histoires du fameux archer. Bien que le personnage soit désigné comme « good yeoman » et « good outlaw » dans La Mort de Robin des Bois, qu’il déclare lui-même sur son lit de mort n’avoir jamais fait de mal à une femme, le scénario de Michael Sarnoski le fait violent, capable d’assassiner n’importe qui, enfants compris (ce que l’on trouve dans d’autres textes anciens) et dépeint un individu finalement plus proche du vengeur cruel que de l’honorable justicier.
Sur l’écran, la photographie de Pat Scola ne laisse pas entrer la lumière. Elle accueille au contraire les ténèbres, brossées sur l’image comme du charbon sur une toile. Dans cette nuit, les corps sont frappés, fracassés, déchirés. Le film a tôt fait d’enterrer le mythe. La violence fait monde et les échanges humains ne sont plus régis que par la peur et la vengeance héréditaire. La première séquence laisse donc craindre le pire : un Moyen Âge qui, sous couvert de réalisme et de vaine exactitude (nous sommes en « 1257 »), retomberait dans les facilités de l’Âge sombre.
Pourtant, un mythe chassant l’autre, on respire un peu mieux une fois l’action passée, quand Robin meurtri (Hugh Jackman) est abandonné aux portes d’un prieuré tenu par une femme à la réputation de guérisseuse. Le scénario joue alors de mystères sur les identités secrètes des hôtes du lieu comme si en pareil endroit il n’importait plus tout à fait qui l’on a été. Le vieux brigand n’apprécie par les mensonges qui circulent en son nom (tout ce que l’on connaît nous de la légende de Robin des Bois) et finit par ne plus aussi bien supporter les crimes abominables qu’il a commis pour mieux profiter de la vie.
« Les plus petites particules de la matière dansent et donnent sa forme au monde »
Michael Sarnoski raconte l’histoire de sa lassitude physique et mentale et la manière dont Robin décide d’en finir (reprenant la source du XVIIe dont s’inspirait déjà le romanesque et superbe Robin and Marian de Richard Lester, 1976). Mais son spleen nous touche-t-il vraiment ? Sa rédemption nous intéresse-t-elle ? La relation que ce rompu de Robin tisse avec la petite Margaret (Faith Delaney) rattrape un peu les choses. On pourra surtout retrouver de l’intérêt avec Sœur Brigid (Jodie Comer), la femme médecin. Devenue religieuse après avoir tout perdu, elle aide ceux qui sont venus trouver refuge et participent à la vie de sa communauté insulaire. Elle est aussi une intellectuelle citant Lucrèce et sa théorie corpusculaire (c’est elle qui fait danser les particules de la citation au-dessus de ce paragraphe), qui intéressait bien les médiévaux ; idée de dialoguiste dont on se demande bien comment elle est arrivée là.
Lors d’une autre conversation, Brigid répond à Robin que l’équilibre des choses permet au moment présent d’avoir lieu et au monde d’exister. Je ne suis pas sûr que le film trouve son équilibre mais il trouve au moins une issue à la cruauté esthétisée du début et finit par rompre avec la logique vengeresse inutile, ce que souhaite finalement à sa petite protégée le vieillard saigné sur son lit de mort. Pour se prémunir contre les probables ressentiments armés que son époque inspire, Robin n’a pas le pouvoir d’invoquer l’oubli comme Homère au chant XXIV de L’Odyssée, il recommande la dissimulation. Rien à cacher pour ma part. Je n’irai pas jusqu’à l’oublier, mais je n’ai aucun enthousiasme à exprimer pour ce mauvais Robin.


Pour moi incompréhensible de déconstruire le mythe à ce point. Pourquoi ?! Autant créer un personnage à part entière… Néanmoins j’aime le côté viscéral et organique avec une vraie cohérence entre le fond et la forme… Mais de là à appeler ce psychopathe Robon des Bois ?!