300

Zack Snyder, 2007 (États-Unis)

« Barouhhhg ! » font les trois cents spartiates avant le combat.
« Barouhhhg ! » font-ils pour acclamer leur roi.
« Wouargh ! » fait l’ennemi trucidé par le glaive spartiate.
« Wouargh ! » fait-il empalé sur la lance du soldat.

Au mieux, 300 puise allègrement dans Gladiator de Ridley Scott (1999), au pire il pose sur la table un horrible hachis avec boulettes surprotéinées d’un indigeste héroïsme.

Les studios de la Warner associés à quelques autres producteurs (dont Frank Miller, auteur de la BD dont le film est tiré) choisissent de se pencher sur la bataille des Thermopyles qui eut lieu vers 480 avant notre ère, durant la seconde guerre médique. A cette date, les Grecs sous le commandement des chefs militaires de Sparte doivent faire face à une armée perse de 100 000 hommes envoyés par Xerxès pour soumettre les Cités grecques. Le défilé des Thermopyles, au-dessus de Delphes, est un étroit passage dans les montagnes à proximité du rivage choisi par les Perses pour débarquer. Trois cents hoplites de Spartes, des experts dans l’art de la guerre, dirigés par le roi Leonidas auraient décidé de se positionner dans ce couloir et d’attendre l’ennemi. Ils résistent longtemps avant de tomber et leur combat devient symboles : force, résistance, abnégation. Autant de valeurs appréciées par Hollywood. Si l’on ajoute que la cause de la perte de ces soldats est une trahison… J’ose à peine évoquer le sous-titre collé sur l’affiche, « Pour la gloire ! », qui me fait penser aux devises des affiches de propagande diffusées pendant la Première ou la Seconde Guerre mondiale.

300 n’est que combat et hymne au combat. Zack Snyder évite le péplum moderne (les intrigues politiques sont reléguées loin derrière les fronts guerriers). N’allons pas chercher la reconstitution historique dans cet étripage inutile et laid. La photographie proposée est très publicitaire (couleurs saturées, le rouge des capes et du sang, tons grisâtres dominants). Parmi d’autres, un plan particulièrement raté : dans un champ de blé prêt à être fauché (la métaphore était dans Gladiator), les trois cents partent au combat, au second plan, Sarah Connor et Dracula se disent au revoir*. La musique (chant a cappella plagié sur les compositions de Lisa Gerrard) et le destin funeste des héros sont à nouveau empruntés à… Gladiator. Peut-être ici que La bataille des Thermopyles que Rudolph Maté réalise en 1962 vaut mieux que cette version gonflée aux stéroïdes.






* La reine et le roi de Sparte sont interprétés par Lena Headey, mère et soldat dans la série Terminator : the Sarah Connor chronicles, 2008, et Gerard Butler, vampire « fin de millénaire » dans Dracula 2001 de Patrick Lussier, 2000.



Jean-Philippe Tessé dans Chronic’art tout en relevant d’ « incroyables relents fachos », trouve dans 300 un certain intérêt… Soit.

3 commentaires à propos de “300”

  1. Et bien moi j’ai bien aimé ! Mis à part la VF qui nous proposait un morceau de rap (!!) particulièrement inapproprié en guise de générique de fin… Tout comme Sin City, cette adaptation de la BD de Frank Miller est d’un esthétisme rare, aux images léchées absolument magnifiques. Oui, le film est très bourrin (tout n’est que combat) mais avant tout une BD animée plus qu’un véritable film avec un ton volontairement décalé et plus second degré qu’on ne pourrait le croire ! Tout a été tourné sur fond bleu (ou vert), avec beaucoup d’images de synthèse et le rendu est, selon moi en tout cas, très réussi. Encore une fois : rien d’historique, un pur esthétisme guerrier. Plus pour la forme que pour le fond, ce bestial et brutal 300 m’a donné un peu la même sensation qu’un jeu vidéo où on prend un malin plaisir à tout tuer sur son passage… Mais ça reste avant tout un jeu vidéo à prendre avec du recul, idem ici.

  2. Mais Frank Miller est plutôt connu pour son conservatisme, sa méconnaissance des cultures arabes qu’il cantonne à un Islam barbare et au terrorisme (« l’ennemi impitoyable » selon les propos virulents qu’il a tenu contre le mouvement Occupy Wall Street), son attachement à une politique ultra-sécuritaire, son soutien à la politique menée par Bush en Irak… Et puisque Snyder se contente d’adapter très fidèlement la BD, le film véhicule à son tour certaines des valeurs défendues par Miller.

    Voir aussi le commentaire de M. Kleszewski qui croise le sujet.

    Tu noteras encore, et en contrepoint, la fascination qui transparaît dans la critique de Tessé pour l’imagerie numérique développée par Snyder.

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