The Christophers

Steven Soderbergh, 2026 (États-Unis, Royaume-Uni)

Steven Soderbergh est un réalisateur prolifique. Ses films sortent et sont inégalement distribués. À part Logan Lucky remarqué en 2017, le Soderbergh des années 2010 (quinze films jusqu’à The Christophers) me semble avoir été plus discret (moins apprécié ou plus oublié ?) que celui des années 2000. On peut citer aussi la remarque faite dans la vilaine critique des Cahiers du cinéma (juin 2026), The Christophers est le « douzième film de Soderbergh depuis l’annonce de son abandon du cinéma ». Mais, balayons les déceptions et les films fantômes, voire la période creuse si période creuse il y a (quitte à y revenir), car The Christophers est un film délicieux. Rien d’éblouissant dans sa mise en scène, si ce n’est une sobriété intelligente, rien de complexe dans le récit non plus, mais ce qu’il faut de variations de situation. The Christophers vaut surtout pour ses personnages simples et remarquables.

Ian McKellen interprète Julian Sklar, un vieil artiste qui n’a plus rien fait d’intéressant depuis longtemps (un autoportrait du réalisateur ?) et qui cultive sa malice et son cynisme dans des soliloques aussi peu aimables pour ses interlocuteurs qu’assez souvent délectables (parfois aussi un peu abscons) pour le spectateur. Il habite une maison double en plein Londres, double comme les facettes de sa vie d’artiste, tantôt adulé et sur les plateaux de télévision, tantôt vivotant et cherchant encore à profiter sur internet d’un reliquat de notoriété épuisée ; une maison où les pièces s’enchevêtrent comme dans une mémoire tous les épisodes d’une vie. Face à lui, la charismatique Michaela Coel prête ses traits à Lori Butler. Elle lui donne la réplique aux moments opportuns et par sa détermination finit par gagner son respect. Cette critique et artiste fauchée a été embauchée par les enfants harpies de Sklar pour tenter de pousser le vieux peintre à achever une série de toiles, les « Christophers » (qui a jadis assuré sa célébrité). Mais Lori est aussi faussaire, alors si le bougre venait à s’obstiner dans le refus…

Le scénario est signé Ed Solomon à qui l’on doit des choses très variées : Men in Black (Barry Sonnenfeld, 1997) et Les Insaisissables (Leterrier, 2013) ou entre les deux Charlie et ses drôles de dames (McG, 2000). Autant de films si éloignés des Christophers, de son caractère british, intime, drôle et touchant à la fois. On peut citer néanmoins cet autre scénario d’Ed Solomon, adapté par Soderbergh en 2021 et plongeant dans la criminalité de Détroit des années 1950, No Sudden Move.

The Christophers est un film d’escroquerie ou de braquage car à la fin, ça ressemble bien à un braquage. C’est aussi un film d’art, davantage porté par la parole critique que sur la pratique (on ne voit jamais Julian Sklar créer, contrairement à Lori). The Christophers est enfin l’histoire d’une rencontre complexifiée par une histoire commune que Sklar a oublié et que Lori, en raison de l’humiliation subie, n’a pas vraiment pardonné. Il y a aussi ce jeu de dupes qui fonctionne un temps durant, puis une sincérité qui pointe et modifie tout, notamment les relations de pouvoir. The Christophers est ludique et plaisant à bien des égards.

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