Les Misérables

Fred Cavaillé, 2026 (France)

Avec un tel matériau, tout ne pouvait pas être raté. Cependant, durant ces trois heures il y a des épreuves à passer. Ces amples mouvements de caméra du toit des villes aux individus nous sortent par les yeux tellement on en soupe. Paris dans les plans d’ensemble a rarement paru aussi grise et numérique. Le début qui concerne le jeune Valjean (Louis Peres) est bien mauvais. Son seul intérêt est de faire le lien avec le démantèlement de la Bastille. Le reste c’est un spectacle que les clichés étouffent et de l’action qui frôle la parodie. Dans ses pires moments, Les Misérables ressemble à Noémie Merlant édentée et j’en souffre. On passe sur les erreurs de casting (la petite Cosette jouée par Giulia Sagnier qui ne se démarque pas) et sur le vieillissement des personnages très mal maîtrisé (Valjean jeune est trop vieux, Valjean mûr ne bouge plus alors que vingt ans passent). Oublions également Javert (pauvre Tahar Rahim qui ne semble plus attiré dans ses choix d’acteurs que par la lourdeur des rôles).

Quand l’histoire avance, le réalisateur des Chèvres (2024) s’en tire un peu mieux, en particulier lorsque Valjean laisse place à Madeleine, non pas que Vincent Lindon soit exceptionnel (je l’ai dit, cela ne colle pas avec son âge), mais, lui en maire et patron, le récit est davantage posé. Dans les parties suivantes, les actrices d’Éponine et Cosette retiennent l’attention (Marie Colomb et Megan Northam). Et plus encore le couple des Thénardier : Camille Cottin et Benjamin Lavernhe incarnent plutôt bien ces pauvres hères aux cœurs corrompus. La malfaisance dont le couple fait preuve permet à ces deux acteurs de tirer leur interprétation vers un grotesque mesuré bien qu’inégalement savoureux.

Pour rendre compte de la misère du peuple et des injustices sociales, Fred Cavaillé laisse le roman faire son œuvre à travers l’adaptation ou ajoute de petites choses (le bref échange entre Thénardier et Gavroche sur l’utilité des révolutions par exemple). Mais ce fond a du mal à peser face au déploiement des moyens et à l’énormité de la production. Laissons donc tranquille Hugo un moment et peut-être osera-t-on y revenir avec un habillage plus en adéquation avec le propos du texte, des choix de mise en scène qui rendent mieux compte de la complexité des relations humaines qu’ils ne fassent étalage de l’argent dépensé, et qui évitent (ô misère !) ces vignettes auxquelles le roman est désormais réduit. Ou bien Jean Valjean d’Eric Bernard sorti quelques mois plus tôt aurait mieux servi Hugo ?

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