Antonin Baudry, 2026 (France)
La Bataille De Gaulle organise le récit sur deux niveaux. Du côté des gouvernants et des militaires tout en haut, De Gaulle dit « non » et s’échine à rallier à lui le plus grand nombre pour continuer le combat. Du côté du peuple, où les décisions comptent aussi, on suit la figure d’un garçon qui lutte avec ses moyens, d’abord seul, puis avec des alliés. Il tracte avec d’autres mais est le seul à prendre une arme. Partout c’est la France, parce que De Gaulle clame partout l’incarner, parce que le jeune Fernand sert sa patrie.
Cette patrie est visible de manière symbolique par les drapeaux hissés, quoique la croix de Lorraine lui soit occasionnellement substituée (ou associée) puisque deux représentations de la France s’opposent (celle de Pétain contre celle de de Gaulle). Mais Baudry s’appuie sur un autre élément. La carte dans le film, étudiée, griffonnée, avec des pions punaisés et déplacés, est un objet qui revêt une double de valeur. Elle est un outil pédagogique pour le spectateur à qui les enjeux d’invasion et de conquête sont rappelés, et comme le drapeau elle est aussi un vecteur de patriotisme. Le territoire national apparaît donc souvent représenté sur le papier. De l’idée de « France », il est en effet beaucoup question. La France à tous les niveaux, sous toutes les coutures, de la France défaite par les Allemands (et non par « les nazis » ; jamais ce mot n’est prononcé, histoire, aujourd’hui, de retracer des frontières au mauvais endroit) à la reconquête de la France impériale (où aucun autre personnage que le colon n’existe), en passant par l’affirmation de la France libre et résistante, grande comme le général, où le pouvoir quand il est pris l’est par les armes.
De l’appel du 18 juin 1940 à la bataille de Bir Hakeim en juin 1942, Antonin Baudry assure son déroulé chronologique sur deux ans et le montage se charge de le résumer en deux heures trente. Beaucoup d’entretiens et de discours, des coups d’éclats sporadiques, Bir Hakeim comme morceau de bravoure. Tout s’enchaîne avec facilité, la musique sert de liant et Baudry parvient sans peine à rendre accessible les tensions géopolitiques entre les Alliés. Le casting est intéressant. Simon Abkarian s’en tire très bien en de Gaulle. Simon Russell Beale convainc plutôt même si Churchill tient en deux traits de caractère. Les autres ne sont que des figures : Benoît Magimel (dans la peau de Pierre Kœnig), Schneider (Leclerc), Karim Leklou (en figure humoristique), Kassovitz (dans le rôle de l’amiral collabo Darlan), Grégoire Colin… Au milieu des images, on remarque un raccord : des silhouettes sous le ciel africain sont brûlées dans l’incandescence d’une cigarette que fume de Gaulle.
Le film trouve un équilibre avec son personnage principal. Il adopte une prise de distance qui lui évite l’éloge (la prétention de de Gaulle est moquée à deux ou trois occasions, lors de la scène des moustiques par exemple ; le bonhomme apparaît humain). L’histoire tient également car elle développe des moments de la guerre assez peu connus (les difficultés des débuts depuis Londres, la reconquête de l’AOF). Mais la bataille se perd avec Fernand Bonnier de La Chapelle (Florian Lesieur), l’assassin de Darlan dont on suit l’engagement progressif. Il est consternant de comprendre que ses seules motivations relèvent d’un patriotisme exalté, et de voir avec Fernand la valeur entérinée comme principale clé de lecture du film. Il est aussi dommage de choisir ce jeune résistant comme héros de « la petite histoire » (par opposition à de Gaulle et à une histoire des dirigeants) quand on sait les motivations, ou au moins les convictions, royalistes de Fernand (ce que le film tait complètement). Au final, ce sont les valeurs mises en avant qui me gênent le plus, la prise de décision individuelle (De Gaulle, Fernand) et la patrie plutôt que la résistance solidaire et l’humain.

