The artist

Michel Hazanavicius, 2011 (France)





The artist est le nouveau long métrage de Michel Hazanavicius. Qu’en attendre ? Tout certainement.


Lorsque Hazanavicius réalise OSS 117, Le Caire ou Rio (2006 et 2009), il propose des comédies populaires et cinéphiles dont la réussite me paraît inédite en France, rarissime ailleurs. A l’instar de Tarantino ou de Burton qui tiennent leurs petites boutiques des horreurs, mais sans restreindre pour autant son public, Hazanavicius ouvre un palais des glaces à chaque film : il nous amuse tout en faisant appel à nos souvenirs de cinéma, puisque tout ce qui compose le métrage (technique, matière, mouvements) est susceptible d’être le reflet d’une scène ou d’une silhouette plus ancienne, celui des films qui nourrissent notre culture. A l’invocation du cinéma des années 1950 et 1960 (dans Rio, finale impressionnant d’habileté des pieds du Christ de Corcovado à son sommet), le plaisir n’a cessé de grandir.


Le projet seul mettait l’eau à la bouche : une histoire d’amour entre Jean Dujardin et Bérénice Béjo, George Valentin et Peppy Miller, tous deux acteurs à Hollywood dans les années 1930, hommage au cinéma qui à cette époque vivait non sans interrogations la révolution du parlant ; film produit en 2011 plein d’audace car en noir et blanc et muet. John Goodman et James Cromwell qui complètent la distribution montrent un avantage inattendu du muet, la possibilité de profiter des acteurs quelque soit leur langue. Et les premières images émeuvent. On y retrouve à peine dissimulés Chaplin, Lubitsch, Donen, Wilder, Kelly, Fred et Ginger. On trouve également dans cette poignée de secondes de belles idées de mise en scène (les pas de danse et les jambes de Peppy derrière le ciel d’un décor de studio…).


A l’époque de Roosevelt, Hollywood faisait tourner sa machine à rêves à plein régime. Les années 1930 sont considérées comme le premier âge d’or des comédies musicales américaines (d’abord calques de Broadway, puis s’en différenciant). The artist repose sur le genre. La Grande Dépression n’étant pas une situation sans écho aujourd’hui, rien ne nous empêche non plus de miser sur un arrière-plan politique de The artist (Rio n’était pas creux quand il traitait, même de façon secondaire, de la France résistante).

Même sans cela, The artist offre la possibilité, et cela n’est pas la moindre des choses, de rappeler un cinéma plus ancien, moins cité, moins diffusé me semble-t-il que celui des années 1950 et 1960. Un cinéma que nous ne connaissons pas encore (F. Borzage en référence dans la belle scène du portemanteau) et que nous nous ferons une joie de découvrir.


Le film est présenté en compétition au 64e festival de Cannes et sort en salle le 12 octobre 2011.

5 commentaires à propos de “The artist”

  1. Ah, oui, Borzage, je te confirme, il faut découvrir et cet âge d’or de juste avant le parlant, cassé (partiellement) – notamment concernant le mélodrame – par celui-ci avant que ça ne reparte.
    Quant à Hazanavicius, il a plus d’ambition que de seulement dominer le (pauvre) paysage des comédies françaises – ce qu’évidemment il fait – et on ne peut que s’en réjouir.
    PS : Moi, j’aime bien les correcteurs orthographiques automatiques. J’écris Hazanavicius, il me propose de remplacer par Naviculaires.

  2. J’avais chroniqué le coffret qui était sorti chez Carlotta en fin d’année dernière. Les quatre sont très intéressants. J’avoue une préférence pour L’heure suprême, effectivement, ainsi que pour La Femme au corbeau – même si on ne possède ce dernier qu’en partie. Sinon, il faudrait, dans une période légèrement postérieure, que je trouve le temps de regarder Mortal storm qui est, dit-on, l’un des chefs-d’œuvre du film antinazi.

  3. Le pari était risqué, Michel Hazanavicius le relève brillamment. The Artist est un ovni cinématographique à notre époque. Les parallèles entre les années 20/30 et aujourd’hui existent comme la brièveté de la notoriété (l’histoire n’est elle pas un éternel recommencement?), mais tenter un tel film était vraiment audacieux. Pendant la projection, le silence dans la salle devant celui de la pellicule sur certaines scènes est impressionnant et à la sortie j’aurai bien imaginé marcher dans les rues façon Minuit à Paris. Vive l’audace, vive le cinéma !

  4. Roosevelt n’est finalement qu’au second plan d’une image, flou qui plus est. Pas vraiment de parallèle historique à faire ni de contextualisation très poussée. La crise de 1929 arrive pour appuyer la crise dans laquelle l’acteur muet finit par sombrer.

    Je suis comme toi Éric, j’ai d’abord (et dès les premières images) été stupéfait par la salle (pleine ce samedi après-midi) et par la réception du film par les spectateurs. On est d’autant plus attentif à l’égard de l’audience à ce moment-là que le film débute par un film projeté et donc une mise en abîme. On a l’impression de redécouvrir les silences au cinéma.

    Je ne sais pas si j’aurai le temps d’écrire quelque chose de plus long sur le film, mais en dehors de cette succession de cinq six scènes comportant chacune une idée forte (et souvent belle) visuellement (les vingt premières minutes), la scène du cauchemar me paraît remarquable, comme celle qui me paraît être la révélation pour G. Valentin de tout son orgueil (les draps retirés un à un, jusqu’à la confrontation avec son propre portrait).

    The artist me plaît surtout pour sa mise en scène spéculaire, les liens tracés entre les personnages grâce aux miroirs et, par métaphore, les évocations cinéphiles bien sûr (Sunset Boulevard, le lion du Cuirassé Potemkine dont il se réapproprie le montage avec les singes…).

    Hazanavicius ne fait peut-être pas aussi fort qu’OSS : Rio ne répond plus, mais grâce à son audace et au charme qu’il donne au film, réalise un petit bijou.

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