W.

Oliver Stone, 2008 (Etats-Unis)

Faire un film sur un président aussi puissant et controversé que Georges W. Bush et ce, en plein exercice de ses pouvoirs, il fallait quand même oser ! C’est d’ailleurs, dans l’histoire du cinéma, la première fiction réalisée sur un président américain encore en fonction. Quel réalisateur français se risquera à tracer le parcours de Sarkozy (et il y aurait de quoi faire !) avant qu’il ne passe la main ? Après l’enquête menée sur la mort de JFK en 1992 et l’évocation de la présidence Nixon en 1996, Oliver Stone s’est donc intéressé au parcours étonnant et atypique du 42ème président des Etats-Unis d’Amérique…

J’avais personnellement bien apprécié le cinglant Fahrenheit 9/11 de Michael Moore (2004), documentaire coup de poing qui prenait très nettement parti contre le président américain, mais ce W. décrit l’homme d’un tout autre point de vue. Tout d’abord sur la forme, W. étant un film à la fois politique et historique (parfois aussi bien comique que tragique, à l’image du principal intéressé), mais aussi sur le ton, qui se veut plus neutre et objectif, il est en tout cas moins une attaque de front comme l’était Fahrenheit 9/11. Même si cette objectivité reste toute relative, Oliver Stone montrant aussi ce qu’il pense des dégâts causés par ces huit années de présidence, elle rests garante de la crédibilité même du film, du déroulement des événements et des propos qui sont tenus dans l’entourage du président américain par différents hommes politiques (George Bush Senior, Karl Roven, Condoleeza Rice, Colin Powell, Donald Rumsfeld, Dick Cheney…). Oliver Stone a aussi eu l’intelligence de ne pas en rajouter sur la prétendue stupidité de Bush, souvent exagérée par ses détracteurs (il faut pourtant avouer que c’est tellement tentant quand on le voit et quand on l’entend…), idem sur les événements du 11 septembre 2001 qu’il avait déjà très largement couverts dans World Trade Center (2006).

Ce long métrage n’est pas réalisé de manière linéaire : on y voit W. au début de sa présidence (entre 2001 et 2003) préparer la guerre en Irak, et, lors de nombreux retours en arrière, lorsqu’il était étudiant et subissait de nombreux échecs, personnels ou non. Durant cette période, la violence et les problèmes d’alcool de ce cowboy faisaient de lui un véritable loser. Ses relations avec son père ont toujours été très tendues, ce dernier lui préférant son autre frère, Jeb. Puis, à l’approche de la quarantaine, on le voit changer : il arrête l’alcool et se convertit au catholicisme pur et dur, il devient avide de pouvoir et souhaite prouver qu’il peut faire mieux que son frère et même mieux que son propre père… Et ce, à n’importe quel prix.

Ce Bush-là fait parfois pitié, on peut même ressentir une certaine forme d’empathie à son égard, il est aussi tour à tour pathétique, dangereux, bête… Et, dès lors, apparaît l’évidence : il n’est absolument pas fait pour endosser le rôle de « l’homme le plus puissant du monde »… Il y arrive cependant à deux reprises !

W. d’Oliver Stone est intelligent et brillant. Il montre avec un grand discernement tout ce qui, appartenant aux domaines psychologique, familial et politique, a amené cet homme à la présidence des Etats-Unis. Il le fait de plus sans aucun sensationnalisme, faux scoop ou excès de zèle. W. n’est donc pas spectaculaire, ni franchement passionnant il faut l’avouer, mais c’est aussi pour cela qu’il est réussi. Espérons maintenant que si Oliver Stone décide de faire, d’ici quelques années, un quatrième film sur un président américain, apparaisse en gros sur l’affiche : « Obama ».

Ludo

Vicky Cristina Barcelona

Woody Allen, 2008 (États-Unis)

2008 et revoilà Woody et Scarlett en Europe ! Vicky Cristina Barcelona marque la fin d’une période londonienne (Match point, 2005, Scoop, 2006, Le rêve de Cassandre, 2007) et, après un glissement vers le polar (les intrigues de Scoop et du Rêve de Cassandre), cette nouvelle facétie marque aussi un retour du cinéaste vers la romance et la comédie de mœurs plus légère. Continuer la lecture Vicky Cristina Barcelona

High school musical 3 : nos années lycée

Kenny Ortega, 2008 (États-Unis)

Une analyse critique de High School Musical 3 : nos années lycée n’est pas aisée à réaliser. Ne rien connaître des deux précédents opus (permettez-moi une petite infidélité à ce neutre de la troisième déclinaison, car, désuette délicatesse de ma part, j’en ai bien conscience, écrire « opera » pour cette comédie musicale pour adolescents aux dents blanches et à la peau étrangement dépourvue des pustules propres à cet âge, m’incommode quelque peu) n’aide pas à la tâche. Continuer la lecture High school musical 3 : nos années lycée

Travaux, on sait quand ça commence…

Brigitte Roüan, 2004 (France)

Brigitte Roüan a la petite mais noble ambition d’évoquer l’idée de l’enrichissement de la France par l’immigration. Pour cela, elle fait le choix de la comédie, d’une actrice renommée à travers laquelle la prise de conscience a lieu et de quelques seconds rôles présents pour combler les temps morts de leurs sketches. Continuer la lecture Travaux, on sait quand ça commence…

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés

Marc-Antoine Roudil, Sophie Bruneau, 2006 (France)

« Tous » c’est la population active employée ou en quête d’emploi. Le mal qui les touche ? Le travail. Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau ont posé leur caméra dans les cabinets d’une psychologue et de deux médecins de la région parisienne. Il en résulte quatre entretiens, quatre patients qui expliquent leurs difficultés à ces spécialistes, et un épilogue intitulé « viatique » durant lequel, autour d’une table, les médecins font le point sur ce constat : certains individus souffrent de leur travail et l’impact sur leur santé est bien réel. Continuer la lecture Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés