Potiche

François Ozon, 2010 (France)

Potiche

On s’était attendu à des caricatures rétros et colorées, à une intrigue prétexte et à de douces moqueries, à un tout qui finalement nous aurait laissés distants (8 femmes, 2001). Pourtant, en reprenant les mêmes artifices, le boulevard a cette fois plus d’attrait que la comédie policière. François Ozon se moque également de ses influences et, davantage avec l’intention de s’amuser que de dénoncer, lance quelques piques à l’encontre des politiques.

Ainsi, la crise dans laquelle se trouve le pays en 1977 fait écho à celle que connaît la France au moment où Ozon tourne son film : les mouvements économiques et sociaux décrits dans Potiche et le vocabulaire pour les désigner sont les mêmes qu’en 2010. En outre, le conflit qui oppose Suzanne à son mari Robert Pujol (Deneuve, Luchini) pour le contrôle de l’entreprise familiale rappelle par ses situations et ses saillies les présidentielles de 2007 qui avaient opposé Royal à Sarkozy. La présence de la candidate socialiste à ces présidentielles avait beaucoup fait fantasmer les médias sur l’idée qu’une femme pouvait devenir chef de l’État, ce qui n’est jamais arrivé en France sous aucune république. De ce fait, Potiche aborde aussi la question de l’émancipation féminine puisque l’ancrage chronologique donne l’occasion de rappeler avec une certaine dérision ce qu’était la place de la femme dans la société. Et lorsque Suzanne Pujol finit député, elle n’a rien de très politique à proposer, seulement un amour dégoulinant qui justifierait presque le confinement ménager des quarante années qui ont précédé (elle à ses électeurs : « Mon rêve aujourd’hui, serait de vous tenir serrés autour moi, de vous abriter, de vous dorloter, parce que vous êtes tous des enfants, mes enfants ! »).

Côté références, Jacques Demy est le premier bousculé. C’est d’abord à lui que l’on pense en raison des couleurs, des chansons et bien sûr des parapluies fabriqués dans l’usine des Pujol. C’est encore à lui que l’on pense quand, malgré la pièce de Barillet et Grédy, malgré les liens tracés avec l’actualité, François Ozon franchit un seuil pour aller vers le conte. La première scène, le jogging en forêt, nous inscrit dans cet imaginaire. Mais le conte vire vite à la bizarrerie acidulée. Dans cette introduction, Catherine Deneuve en survêtement rouge, brushing et à petite foulée, comme si elle redécouvrait les bois traversés dans Peau d’âne, s’émerveille sottement d’un écureuil, d’une biche ou de deux lapins qui copulent. Une vraie bécasse des bois. La référence en prend un coup. De même, Truffaut ne reconnaîtrait pas le couple d’acteurs du Dernier métro (1980) : nous avons décrit la ménagère joggeuse devenue super-maman, Gérard Depardieu, lui, gagne la coupe au bol de Bernard Thibault et l’âme tourmentée d’un adolescent amoureux. Un flash-back de quelques secondes les montre dans une étreinte navrante : les acteurs qui jouent Suzanne et Maurice jeunes amants ont des gueules pour téléfilms de l’après-midi (Elodie Fréjé et Gautier About), l’affaire est conclue dans l’herbe au bord d’une route de campagne, la caméra est à distance, vilainement curieuse. Et Ozon nous égaie de ses impudences !

Autour de Deneuve et Depardieu, les autres acteurs ont leur rôle à jouer et tout autant nous divertissent : Fabrice Luchini bien bridé en patron libidineux avec les autres femmes et puéril avec son entreprise, Karin Viard en secrétaire à la jambe légère mais finissant toute acquise au féminisme, Jérémy Renier, tête à claque et pull vintage et Judith Godrèche, coupe à la Farah Fawcett, joliment gourde et maniérée. Le tout reste donc une petite chose, mais des plus réjouissantes.

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