Perceval le Gallois

Éric Rohmer, 1978 (France)

« CHOISIR LE MOYEN ÂGE QU’ON RÊVE »

« Quel rêve ?
Comme tous les rêves, celui du Moyen Âge menace d’être illogique,
et lieu d’étonnantes difformités. Beaucoup nous l’on fait observer,
et peut-être cela devrait-il suffire à nous dissuader de traiter de manière homogène ce qui ne l’est pas. »
U. Eco, « Dix façons de rêver le Moyen Âge » 1


Perceval le Gallois de Chrétien de Troyes,
parchemin du XIIe siècle, ms 248
Bibliothèque communautaire et interuniversitaire de Clermont-Ferrand

Au son de la vielle et du pipeau, Luchini, Dombasle et Dussollier échangent en octosyllabes deux heures durant. Deux gros châteaux de style Playmobil tardif et quatre petits arbres forgés servent de décor unique au milieu duquel Rohmer a demandé à ses acteurs de tourner en rond. Voilà résumé, certes un peu sèchement, Perceval le Gallois d’Éric Rohmer. Et pourtant. Et pourtant, à condition de bien vouloir essayer de comprendre les choix du réalisateur et d’accepter de se laisser guider par Sénéfiance, Perceval le Gallois s’avère toujours, quarante ans après ou environ, une des représentations les plus pertinentes du Moyen Âge au cinéma. Cependant le film n’est pas si simple à voir aujourd’hui (à moins de posséder une intégrale en dvd du réalisateur) et, même si plusieurs études ont paru dessus, il n’est peut-être pas complètement inutile (en s’appuyant justement sur ces analyses) de diffuser une note supplémentaire à son propos et de rappeler toute la merveille d’un film peu connu.

Après les Contes moraux et une première adaptation littéraire avec La marquise d’O… (1976), Éric Rohmer revient à un texte étudié et aimé, Perceval le Gallois de Chrétien de Troyes. Il avait déjà réalisé en 1964 un film pédagogique dans lequel il présentait le texte et un de ses manuscrits (BNF, ms fr. 12576). Perceval et le conte du Graal, destiné à la télévision, résumait l’intrigue et replaçait le roman dans son contexte. De larges extraits retranscrits étaient lus et Rohmer commentait les miniatures du XIIIe ou du XVe siècle et leur fidélité toute relative au texte. Le documentaire laissait aussi entendre des chansons que l’on retrouve d’ailleurs dans le film de 1978 (musiciens non crédités au générique du documentaire ; dans les deux réalisations, les musiques sont arrangées par Guy Robert et son ensemble d’après des airs des XIIe et XIIIe siècles).

Ce que rappelle Angeli Giovanna dans son article 2, au moment de réaliser Perceval le Gallois, Rohmer sait pertinemment qu’il n’est pas possible de recréer le Moyen Âge au XXe siècle. Il écarte par conséquent les modèles qui pouvaient s’offrir à lui. L’adaptation de Perceval ne devra rien à un film sorti peu de temps auparavant, Lancelot du Lac de Robert Bresson (1974), dont les décors et les extérieurs aux yeux de Rohmer restent définitivement contemporains. Mais son adaptation ne devra rien non plus au spectacle hollywoodien des Chevaliers de la Table Ronde de Richard Thorpe (1954). Il en rejette le syncrétisme car, par sa démarche, il s’interdit d’associer en un même récit une armure du XVe, un donjon du XIIIe et une coiffe du Xe siècle avec pour seul prétexte de fantasmer un Moyen Âge à partir d’éléments chers à l’enfance. Le modèle de Fritz Lang est peut-être celui que le cinéaste français respecte le plus, mais il ne s’agit pas non plus avec Perceval de chercher à égaler la fresque grandiose et épique des Nibelungen (1924).

Il ressort néanmoins de certains moments précis de Perceval une affinité avec Lang et de façon plus générale avec l’expressionnisme allemand, ce qui n’étonne pas tout à fait puisque Rohmer est notamment l’auteur d’une thèse sur le Faust de Murnau. Ainsi, l’entrée dans la ville d’Escavalon, où la rue s’ouvre sur une perspective aux lignes brisées et aux diagonales impures ; c’est le chevalier Gauvain et son guide qui franchissent là un seuil en territoire expressionniste. La vague inquiétude soudain suscitée par le décor paraît alors conforter les vers de Chrétiens de Troyes : « Le chevalier s’en va donc et conduit monseigneur Gauvain là où tous le haïssent à mort. Mais on ne l’y connaît pas, car jamais on ne l’y a vu, et il ne pense pas qu’il ait à se tenir sur ses gardes » (v. 5748 et suiv.) 3. De même, Rohmer nous fait repenser à Lang lors de l’épisode des trois gouttes de sang. Un faucon vient de blesser une oie sauvage et, alors que les animaux ont disparu, demeurent sur la neige trois gouttes de sang. Ces petites taches plongent Perceval dans une contemplation extatique : « Gros plan des trois gouttes de sang sur lesquelles s’impressionne le visage de Blanchefleur dont les lèvres et le rose des joues s’accordent aux trois marques rouges colorant la neige. La blancheur de celle-ci rappelle la peau de la pucelle aimée ». Perceval s’y perd, « Si panse tant que il s’oblie » (v. 4202). Rohmer a choisi d’insérer une animation pour montrer les oiseaux. Le recours au dessin a pu lui être inspiré par Lang qui, lors du rêve prémonitoire de Kriemhild (un oiseau blanc assailli par deux corbeaux noirs), introduisait aussi un dessin animé (Nibelungen). Même si les motifs sont différents, et puisqu’il appréciait beaucoup Hitchcock, il n’est pas impossible non plus que Rohmer ait eu en tête le cauchemar de Scottie introduit par le dessin d’un bouquet de fleurs qui éclate (Vertigo, 1958).

Mais ce que nous évoquons là ne sont que de possibles influences sur de très brefs moments et qui ne résolvent en rien le problème posé par la représentation d’un XIIe siècle porté à l’écran sur la durée d’un long métrage. Pour mieux cerner les solutions adoptées par Rohmer, l’historien Xavier Kawa-Topor replace Perceval le Gallois dans son contexte de production, le « tournant des années 1970 » 4. Cette période est à la fois marquée par la critique des modèles hollywoodiens et par l’influence très forte de la Nouvelle histoire (étude de la civilisation matérielle autant que des représentations collectives et des mentalités). L’historien voit durant ce tournant l’émergence de trois nouvelles manières de représenter le Moyen Âge au cinéma : un courant naturaliste (auquel appartient par exemple le Lancelot de Bresson), un courant parodique (Monty Python : Sacré Graal ! en 1975) et un courant stylisé, voire symboliste, dans lequel Rohmer vient s’inscrire. Ainsi, Perceval le Gallois rejette tout réalisme pour ne privilégier qu’une authenticité d’esprit dans ses représentations.

Chrétien de Troyes écrit son cinquième roman à la fin de sa vie, vers 1180 ou peu après. Le réalisateur des contes moraux ne veut donc pas verser dans l’anachronisme en prétendant à une quelconque conformité. Rohmer s’en tient à un texte et à son époque. « Ce n’est pas tant le thème qui nous importe ici, que le texte, un des plus beaux de la littérature française et auquel le cinéma peut redonner une audience qu’il n’a plus. » 5


Perceval, parchemin du XIIIe siècle,
ms 12576, BNF, Inc : « Qui petit semme petit quelt… »

La source même du film, chose rarissime, est médiévale. Rohmer reprend un texte en ancien français, un roman de chevalerie de la légende arthurienne. Composé de deux parties distinctes, celle de Perceval « le chevalier en formation » et celle de Gauvain « le chevalier achevé » 6, le poème inachevé de 9000 vers, raconte l’éducation progressive du chevalier, son apprentissage social, la quête du Graal et de la foi. « Perdant les images du chevalier, il naît à Perceval. Alors naissant à lui-même, il naît à Dieu. […] Il ne sera plus ce « Il » sans nom, défini par des « images » de lui (Fils de la veuve dame, Chevalier gallois, Chevalier vermeil…), il devient sujet nommé : « Perceval ». » 7

Comme il n’existe pas dans les années 1970 d’édition bilingue du texte mais seulement de « tristes » traductions en prose 8, Éric Rohmer décide d’adapter lui-même le roman et de proposer une traduction versifiée en octosyllabes très fidèle à l’original : une « semi-traduction » qui « conserve la simplicité grammaticale de la forme moyenâgeuse », « qui en élimine les obscurités mais en conserve certains mots, demeurés familiers dans leur archaïsme même, et aussi plusieurs autres, assez peu nombreux pour constituer d’attrayantes énigmes » 9.

Pour dire ce texte, en plus des protagonistes (Fabrice Luchini, Arielle Dombasle et André Dussolier dans les rôles principaux de Perceval, Blanchefleur et Gauvain), le réalisateur fait appel à un chœur, conteurs et musiciens, présent dans l’espace scénique, intervenant dans l’action et la commentant, un peu à la manière des chœurs antiques. La scénographie puise quant à elle dans ce qui se sait du théâtre médiéval mais aussi dans l’iconographie, les manuscrits et leurs miniatures, les architectures et leurs sculptures. Le film est tourné entièrement en studio, sur deux plateaux, un pour les décors extérieurs (la « lice circulaire » et les arbres en « choux de Bruxelles » 10), l’autre pour les intérieurs (les différentes salles de châteaux). Pour le réalisateur, « L’espace de la représentation médiévale, c’est la courbe, comme le tympan des églises ». Et pour Joseph Marty (prêtre cinéphile auteur d’une thèse sur Rohmer), dans une représentation stylisée, où l’on pourrait craindre que chaque élément se dissocie et rompe l’harmonie de l’ensemble, « l’arc roman de l’abside bâtit une esthétique d’alliance, de relation, d’articulation » 11. A propos des décors, les spécialistes ont bien relevé certaines contradictions. Giovanna Angeli, qui a fréquenté les miniatures médiévales, en relève quelques-unes avant de conclure dans son article que « le cinéma réinvente toujours son sujet » 12. De même, François Amy de la Bretèque qui parle bien d’une « démarche hyper-archéologique » à propos de Rohmer et de son Perceval, rappelle également dans une autre étude les réserves de Jacques Le Goff. Ce dernier lors d’un échange avec Rohmer avait critiqué ses références théâtrales (car postérieures à Chrétien de Troyes) ainsi que la quasi impossibilité pour la caméra de saisir un espace non euclidien (contrariant par cet argument la solution trouvée par Rohmer aux problèmes posés par la perspective dans les décors) 13. Il faut se tourner vers d’autres spécialistes pour rappeler une des principales préoccupations de Rohmer dans l’invention de cet espace si particulier. C’est Jean Douchet qui, pour définir la mise en scène de Rohmer dans Perceval, réintroduit l’idée de déambulation, de circulation ou de promenade si chère à Rohmer : « La mise en scène c’est toujours le trajet : où va-ton ? d’où part-on ? Je filme le bon chemin ; l’autre chemin, celui de la parole, de la rêverie, est un chemin de collégiens, une école buissonnière. Le visible ne trompe pas » 14.

Pour revenir sur le jeu des acteurs, Rohmer précise dans sa « Note sur la traduction et la mise en scène » qu’ils « sont des récitants qui, pris par leur texte, finissent par jouer ce qu’ils s’étaient simplement proposé de dire ». Mais le réalisateur va plus loin car il cherche également une fidélité à la gestuelle médiévale. Les acteurs sont en pose, leur attitude hiératique, les mains souvent relevées, toujours très visibles, les gestes très expressifs. Rien de naturel là-dedans, c’est ce que l’on voit justement dans les miniatures médiévales. De cette façon, non seulement Rohmer donne une représentation des personnages et de leurs attitudes, exactement comme les artistes sur les manuscrits (ou les sculpteurs de chapiteaux) livraient avant le XIIIe siècle leurs propres représentations sans jamais se soucier de reproduire le réel, mais il fait aussi « vivre » d’autant mieux à l’écran les images de l’époque. La démarche, là encore originale et réfléchie, est une belle solution à un tracas devant lequel avait pu se trouver par exemple Georges Duby quand celui-ci réfléchissait à l’adaptation au cinéma de son livre Le dimanche de Bouvines 15.

Duby n’avait pas été vraiment convaincu par Perceval le Gallois. Il le jugeait « trop artificiel » 16. Et il est vrai que la fidélité pensée par Rohmer a de quoi troubler. Ses partis pris ont de quoi, probablement, le temps de la surprise, mettre à distance le spectateur. Pourtant l’intention est splendide : « rendre le texte à son époque » (selon l’expression de Xavier Kawa-Topor). Rien dans la mise en scène n’est pensé pour simplement illustrer le texte de Chrétien de Troyes, pour s’y substituer ou le faire oublier. Rien ne nuit au roman récité et chanté. Et plutôt que la fidélité (un graal, l’impossible objectif !), ce qui plaît tant, c’est le texte retenu à l’oreille et tout ce qui est fait pour le valoriser (les décors a minima, le retrait des comédiens). Ce qui plaît tant, c’est cette trace à entendre d’un passé médiéval, une trace qui, comme Perceval devant les trois gouttes de sang, nous laisserait songeur un temps indéfini. Si l’on doit choisir soigneusement le Moyen Âge que l’on rêve, comme dit Umberto Eco, il nous plaît aussi de partager sans réserve celui de Rohmer.


Perceval, parchemin du XIIIe siècle,
ms 12576, BNF, f. 261v, Expl. : « li romans de Perch[eval]. »

1 Umberto ECO, « Dix façons de rêver le Moyen Âge » dans Écrits sur la pensée au Moyen Âge, Paris, Grasset, 2016, p. 997.

2 Angeli GIOVANNA, « Perceval le Gallois d’Éric Rohmer et ses sources », dans Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 1995, n°47. pp. 33-48.

3 CHRETIEN de TROYES, Perceval ou le Conte du graal, GF Flammarion, 1997.

4 Cours de cinéma de Xavier KAWA-TOPOR, ancien directeur du Centre européen d’art et de civilisation médiévale de Conques, directeur de l’Abbaye de Fontevraud, 30 novembre 2011 au Forum des Images.

5 Éric ROHMER, « Note sur la traduction et la mise en scène de Perceval », dans L’Avant-scène du cinéma, n° 221, février 1979, p. 6.

6 Jean DUFOURNET dans sa présentation du roman, CHRETIEN de TROYES, Perceval…, op. cit., .p. 16.

7 Joseph MARTY, « « Perceval le Gallois » d’Éric Rohmer, un itinéraire roman », dans Le Moyen âge au cinéma », Les cahiers de la Cinémathèque, n° 42-43, 1985, p. 131.

8 Éric ROHMER, « Note sur la traduction…, op. cit., p. 6.

9 Jacques FIESCHI, « Une innocence mortelle », dans L’Avant-scène…, op. cit., p. 4.

10 L’expression, suffisamment amusante pour avoir été souvent citée, est de Jean-Louis Bory dans sa critique publiée dans Le Nouvel Observateur, 12-18 fév. 1979.

11 Joseph MARTY, op. cit., p. 128. Sa thèse : Perceval le Gallois, film d’Éric Rohmer ou Une solution esthétique donnée au problème de la représentation d’une quête spirituelle, sous la dir. d’H. Agel, 1984.

12 Giovanna ANGELI, « Perceval le Gallois…, op. cit.. Pour l’universitaire, il y a confusion chronologique car les intérieurs évoquent par leur architecture la période romane tandis que les extérieurs sont plus proches de certaines miniatures de la période gothique. Giovanna Angeli cite pour pouvoir comparer les miniatures des ms fr 1584 et ms fr 1586 de la BNF.

13 François AMY DE LA BRETÈQUE, « Présence de la littérature française du Moyen Âge dans le cinéma français », dans Cahiers de recherches médiévales, n°2, 1996, mis en ligne le 04 février 2008, consulté le 20 juin 2017. François AMY DE LA BRETÈQUE, Le Moyen Âge au cinéma, Paris, Armand Colin, 2015, p. 143.

14 Jean DOUCHET, Entretien réalisé par Stéphane Delorme, dans le dossier consacré à Rohmer des Cahiers du cinéma de fév. 2010, p. 12.

15 Georges DUBY, « L’historien devant le cinéma », dans Le Débat, 1984/3 n° 30, p. 81-85.

16 Antoine DE BAECQUE, « Duby et le cinéma » dans J. DALARUN et P. BOUCHERON (dir.), Georges Duby. Portrait de l’historien en ses archives, Paris, Gallimard, 2015.

4 commentaires à propos de “Perceval le Gallois”

  1. Rejeter le réalisme pour faire plus authentique : voilà une profession de foi qui interpelle ! Rohmer n’en était pas à un paradoxe près, lui qui filmait les atermoiements amoureux de ses personnages sur le ton le plus dépassionné qui soit. On retrouve incontestablement ici son amour professoral pour l’Histoire, et le Moyen Age en particulier. De sa représentation sur un écran de cinéma, il préfère donc Lang à Thorpe (bien que les décors cartonneux de sa version fussent éminemment rohmeriens), mais que pensait-il alors de Kingdom of Heaven ? 😉 . Il serait d’ailleurs intéressant de mettre en parallèle ce film avec L’Anglaise et le Duc où il « promenait » (j’aime beaucoup cette approche de Douchet) ses personnages sur des fonds numériques « révolutionnaires » (le James Cameron de la Nouvelle Vague ?)

    En tous les cas, voilà une feuille de route indispensable pour réveiller mes (très) vieux souvenris de « Perceval le Gallois » (et non « Provençal le Gaulois », tout un poème également). ça tombe bien puisque je suis justement détenteur d’une intégrale en DVD 😉

  2. C’est par hasard que dans un salon du livre je mets la main sur le n° de Ça cinéma de mai 1979 avec l’entretien entre Rohmer et Le Goff.

    C’est assez amusant de considérer Rohmer face à Le Goff. On a un peu l’impression que Rohmer, qui a été un temps professeur de collège, passe un oral de faculté ou défend une thèse devant ses maîtres d’université (l’entretien s’est fait avec Philippe Venault, réalisateur et diplômé de l’EHESS, et l’historien Philippe Blon).

    On sourit aussi de voir Le Goff, toujours très courtois, un peu coincé entre la critique purement universitaire et sa déception de spectateur. Il est très clair qu’il fait des efforts pour ménager Rohmer.

    Alors oui, il a détesté Luchini, s’est trouvé « imperméable au rythme de l’octosyllabe » (ce dont je ne reviens pas !), a pu critiquer la naïveté du personnage et son parcours tels qu’ils apparaissent dans le film, Le Goff est toutefois plus indulgent avec le projet pris dans son ensemble et la fin du film inventée par Rohmer. Le terrain symbolique sur lequel le réalisateur se place lui plaît beaucoup car c’était à son avis « un casse-gueule épouvantable d’essayer de rentre au XXe siècle le réalisme du XIIe ».

    Et Rohmer de batailler avec le médiéviste pour tenter de faire comprendre ses choix (la mise en scène de théâtre, l’espace circulaire ou la table ronde en rectangle).

    Le mot de la fin est pour Le Goff qui rapporte une anecdote qui fait plus mal qu’une mention très honorable sans les félicitations du jury, il y est question d’une fiction avec un page du XVe siècle et d’un chapeau avec sa plume piquée dessus, détail médiéval qui se veut très authentique dans un objet qui n’a rien d’historique, « Ceci me fait penser un peu à votre film ».

  3. ça y est, enfin vu ! Et il vient clore de manière spectatulaire mon cycle des longs-métrages rohmériens.
    Ton article est super, très complet (on en attendait pas moins!).
    Pour ma part, j’ai été impressionné par la radicalité mais aussi par la cohérence du parti-pris esthétique, même si celui ci, évidemment, laisse très peu de place à l’émotion. J’ai vu comme toi les touches d’influence expressionnistes, et j’ai particulièrement apprécié l’humour des premières scènes (Luchini s’extasiant devant les chevaliers et violentant une dame l’air de rien, c’est quelque chose), ainsi, surtout, que le traitement de la musique : finalement les moments qui m’ont procuré le plus d’émotion, car on sort alors de l’érudition pour toucher quelque chose de plus immédiat.

    • La naïveté du personnage de Luchini en parfaite adéquation avec la naïveté de l’iconographie médiévale.

      Dans mon souvenir, il y a cette harpie qui fond sur Perceval à cheval. Je ne sais plus qui elle est dans le roman, mais, avec sa coiffure terrible, je crois qu’elle m’avait autant dérangé que le chevalier auquel elle s’en prend.

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